Atelier du 30/05/2008 : La jouissance

Posté par Atelier Clinique le 1 juin 2008

  La jouissance sous toutes ses coutures !

Aujourd’hui, vendredi 30 mai 2008, c’est essentiellement sur ce concept de jouissance que nous nous sommes arrêtés.  

La jouissance, quelle définition ?

Ce n’est pas une définition unique que nous avons donnée mais bien plutôt une série d’angles d’approches de cette question notamment par les points de conjonction et de différenciation avec d’autres concepts comme la pulsion, la libido…

L’approche juridique du terme de jouissance avec la notion d’usufruit associe la jouissance à la possession ainsi qu’à l’usage et l’exploitation d’un bien. Mais ces termes nous éclairent-ils lorsqu’il s’agit, vulgairement dit, d’‘‘exploitation de l’être » ?

Premier point de conjonction / disjonction avec le concept de pulsion :

Il a été rappelé l’étymologie du terme de pulsion renvoyant notamment au versant biologique de la pulsation, qui n’est pas sans rappeler la question de la répétition. Nous avons aussitôt précisé que lorsque Freud introduit le concept de pulsion, il souligne qu’il ne s’agit pas là d’une vérité mais bien d’un mythe (cf. aussi les travaux de Freud et Szondi sur la pulsion). C’est une tentative d’inscrire dans le symbolique ce qu’il en est du réel, mais sans que cela ne nomme vraiment ce qui cause le mouvement d’un sujet vers un objet de jouissance. Les points définissant ce qu’est la pulsion sont :

- La source : au niveau des zones érogènes du corps ;

- L’objet : celui qui est visée par la pulsion ;

- La motion : le mouvement vers cet objet (cf. aussi le terme de poussée) ;

- Le but : la satisfaction.

Pulsatile, la pulsion s’inscrit dans un mouvement d’ouverture et de fermeture à partir d’un bord du corps (la zone érogène) jusqu’à l’objet visée, pour faire retour dans le corps.

Eric Brayer souligne que lorsqu’on évoque la pulsion du côté du réel, il faut aussi l’entendre comme mouvement. S’apprêtant à en rendre compte par l’exemple de Pythagore, il a plutôt illustré ce qu’il pouvait en être de la question du mouvement à partir de cette question : Comment une flèche fait-elle pour atteindre son but ? Quand on essaie de symboliser ce réel de la trajectoire, on ne peut l’approcher que par la lettre :

A                     B

* – - – →          *

────────

1

1 = ½ + ¼ + 1/8 + 1/16 + …

1 =       0,99…                   +          a

──────

Père, Phallus

Cette façon originale de figurer ce qui peut s’écrire par le signifiant et ce qui rate (a) rend compte également du fait que, dans le discours du maître, le sujet est à la fois la cause et l’effet de la chaine signifiante. On aurait pu également écrire :

 

1 =       Aliénation       +          Séparation

Lien                 +          Rapport

La tentative d’un sujet d’écrire le rapport – le rapport sexuel qui de structure ne peut pas s’écrire – pourrait s’entrevoir comme la tentative d’écrire le Un de la jouissance infinie. Cette quête de la jouissance illimitée existe aussi dans la névrose : c’est ce qu’on constate de nos jours chez les in-dividus qui visent à boucher leur division subjective par les objets de consommation.

Eric Brayer poursuit en rappelant que dans le Séminaire XX, c’est la rature, le trait unaire, la lettre qui permet à un espace infini (espace qui représenterait l’Autre primordial pour un nourrisson) de passer de l’infini à l’Un-fini. C’est la marque du sujet qui entraîne la disparition de l’infini.

On peut voir comment dans la psychose – où la cession de jouissance et l’extraction de l’objet a ne se sont pas réalisées – l’Autre n’est pas castré et peut incarner la figure du sans limite.

            Sujet                                   Autre

↓                                      

                   ∟    ___           ___    ┘    Extraction de l’objet a

 

Ce passage à l’Un-fini peut éclairer l’importance pour le névrosé du signifiant phallique certes mais aussi de l’image spéculaire. Il y a aussi l’amour, en tant qu’il permet de faire tenir ensemble le désir et la jouissance.

Nous avons précisé aux étudiants qui se demandaient ‘‘À partir de quand peut-on parler de sujet ? », qu’il n’était pas nécessaire de dater la question du sujet étant donné que nous travaillons avec cette hypothèse du sujet quelle que soit la clinique, même auprès de ceux que certains considèrent trop souvent comme objets de soins : la déficience mentale, l’autisme, etc. Lorsqu’un autiste mord ou se bouche les oreilles, nous devons faire l’hypothèse d’une manifestation subjective.

C’est pour cela que la question du choix chez un individu ne relève pas seulement de l’inconscient. La formule de « l’insondable décision de l’être » est là pour nous le rappeler. Il y a des choix qui relèvent du réel et qui échappent au symbolique même si le sujet s’efforce ensuite de les subjectiver.

Réintroduire le sujet, c’est introduire une causalité psychique ainsi que la question de la responsabilité. Il n’y a qu’à se pencher sur la pratique de Dolto et de voir comment elle ramenait ses hypothèses à une causalité psychique chez l’infans.

Un exemple clinique a été donné par Eric Brayer pour illustrer comment ce qu’on range sous le terme de résistance témoigne du rapport du sujet à la jouissance. Il s’agit d’un homme qui se décrit comme un « pauvre type » qui a notamment raté à répondre en tant que père auprès de sa fille. Celle-ci s’est toujours débrouillée pour éviter d’en passer par lui jusqu’à ce moment où, n’ayant pas d’autres solutions, elle lui demande de garder sa petite fille. Heureux, il accepte et se prépare à ce rendez-vous, mais voilà que quelques instants avant leur venue, il glisse et se fracture le tibia. Ce qui a été souligné c’est la façon dont ce sujet subjective cet accident, ce qui lui est arrivé de l’extérieur, pour en faire un acte manqué ou encore une répétition du côté de son symptôme à ne pas pouvoir donner de lui comme père. Ce qui s’est passé ensuite avec l’arrivée des secours a permis aussi d’illustrer comment chacun pouvait réagir singulièrement lorsqu’il se confronte au réel (en l’occurrence là le pied entièrement retourné de cet homme) : rire pour se défendre du réel, tenter de le voir, de l’éviter…, mettre en acte une jouissance sadique, objectiver le sujet, être aux prises avec la jouissance qui s’actualise dans la culpabilité, etc.

De même il a été précisé que le même acte – celui de parler par exemple – peut entraîner différentes sortes de jouissances selon les sujets qui s’y adonnent et selon ce qui est visé par eux à travers cet acte : dire, jouir du blabla, jouir du sens, viser une valorisation narcissique, etc.

Où est donc localisée la jouissance ?

La jouissance ne se réduit pas à la pulsion, même si on pourrait dire qu’on la trouve chez Freud comme un mixte de pulsion (de mort) et de masochisme. Elle s’inscrit au-delà du principe de plaisir : « C’est ce qui va de la chatouille à la brûlure ». Dans sa Conférence de 1973 à Milan, La psychanalyse dans sa référence au rapport sexuel, Lacan inclut la douleur au rang des objets permettant aux sujets de jouer et jouir de son corps.

La jouissance apparaît aussi comme ce qui échappe au savoir comme à propos de l’homme aux rats : « une jouissance à lui-même ignorée ».

En passer par la pulsion, nous a permis de cerner que la jouissance se localise déjà dans le corps du sujet, l’objet n’étant qu’un prétexte pour permettre au sujet de se jouir, comme une bouche qui s’embrasserait elle-même, d’où l’idée que la jouissance est autiste.

À la différence des objets du monde, l’objet n’est pas spécularisable. Pour mieux saisir ce qu’est l’objet a, essayez donc de voir votre voix dans le miroir !

Un petit exemple clinique tiré d’une pratique du Groupe Contes avec les enfants a permis de préciser la façon d’appréhender l’objet voix, via les deux versions du réel, comme tuché et comme automaton. Au moment de la lecture, lorsque la voix se fait automaton, il arrive qu’elle perde de sa teneur réelle, au profit des signifiants que la parole véhicule. On voit souvent à ce moment-là certains enfants être attentifs au contenu de l’histoire ou encore d’autres décrocher leur regard et saisir certains objets autour d’eux. C’est donc lorsque la voix se fait tuché (changement d’intonation, …) qu’elle surgit comme réel et permet au sujet d’être présent dans son écoute. C’est lorsque la voix de l’Autre est advenue comme réelle qu’elle permet chez le sujet l’intrication des pulsions invocante et scopique dans la dialectique avec l’Autre.

La jouissance phallique est hors-corps et Lacan la distingue clairement dans son Séminaire XXIII de la jouissance pénienne qui elle est narcissique et corporelle.

Soulignons que lorsqu’un sujet intègre le signifiant phallique, tous les objets partiels vont être repris dans la problématique phallique et passer donc par le prisme du phallus. Un exemple clinique a été donné à propos d’une femme qui avait comme symptôme au niveau du langage de mettre des « dont » à la place des « que ». L’analyse d’un rêve mettant en scène son chien qui avait perdu sa queue lui permis de cerner la valeur phallique (« la queue ») du don pour elle.

Et dans la psychose ?

Nous avons évoqué comment la jouissance pouvait être spécifiquement localisée dans le corps chez le schizophrène, localisée ou identifiée au lieu de l’Autre chez le paranoïaque, ou encore s’actualiser sous la forme de la certitude d’être le déchet chez le mélancolique.

Nous avons éclairé la confusion souvent faite entre la jouissance de l’Autre et l’Autre jouissance qui concerne cette part de la jouissance féminine qui n’en passe pas par le phallus.

Nous avons enfin précisé que la difficulté à donner une définition unique de la jouissance est liée aussi au fait que dans l’œuvre de Lacan, tous ses concepts évoluent et ne renvoient pas à la même chose selon les moments où on les prend.

Dans le tout premier enseignement de Lacan, la jouissance – terme qui reprend aussi la notion de libido freudienne – est imaginaire (l’axe a-a’) et échappe au processus de symbolisation.

Un peu plus tard dans le Séminaire de Lacan, où il établit la primauté du symbolique (cf. l’écriture symbolique de la pulsion : $ ◊ D), la jouissance pourrait équivaloir au signifié qui court sous la chaîne signifiante, à la signification refoulé qui conditionne le symptôme.

C’est lorsque Lacan introduit cette ouverture vers le réel (cf. dans le Séminaire XI, la pulsion est un des quatre concepts fondamentaux) que la jouissance prend une autre tournure. Tantôt définie comme impossible, elle devient un reste de l’opération signifiante dans le discours (le plus-de-jouir).

La clinique borroméenne élargie le concept de jouissance d’abord comme pluralité (il y a autant de jouissances que d’intersections entre les différents registres RSI : jouissance phallique, joui-sens, jouissance de l’Autre barrée, l’objet a) et comme singularité (chaque jouissance est particulière et correspond à un mode de nouage singulier).

Pour l’Atelier clinique

 Par Eric Brayer

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