Atelier Clinique 2015-2016

Posté par Atelier Clinique le 3 janvier 2014

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FIN DE L’ATELIER CLINIQUE 2015 – 2016

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Nous vous informerons d’une éventuelle future reprise des séances, ainsi que de leurs modalités.

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Retour sur l’Atelier du 04/12/2013 : À propos du Toucher

Posté par Atelier Clinique le 15 juin 2011

La question du toucher dans l’entretien clinique

 

 Quelques situations cliniques soulevant la question du toucher ont été évoquées, dont le clinicien peut être l’objet, ou encore dont il peut être le témoin (cf. scène où un petit garçon jouit sans entrave du corps de sa mère), autant de cas où le rapprochement et la jouissance qui s’y adjoint ne semble ni interdite ni impossible.

On a souligné l’importance de réintroduire ce tiers qu’est le langage pour limiter, empêcher, stopper ou border la jouissance directe de l’objet, pas seulement pour faire déconsister le statut d’objet de celui qui subit le rapprochement mais aussi pour renvoyer chacun des interlocuteurs à sa responsabilité quant à ce qu’il vise et ce qui advient.

Lors de sa venue à Antibes en 2007, Jacques-Alain Miller critiquait les approches « psys » qui proposent des suivis à distance (par téléphone, internet…) justement parce qu’elle ne mettent pas en jeu le corps, et il soulignait que si la rencontre clinique permet bien quelque chose c’est justement « la possibilité de toucher ».

Bien sûr que chaque clinicien aura sa façon bien singulière de reprendre de telles situations si elles surviennent mais plus qu’une question de style, il s’agira surtout de repérer ce que cette « possibilité de toucher » convoque comme registre [imaginaire (impuissance), symbolique (interdit) ou réel (impossible)] et d’interpréter avec le mode qui convient en fonction de là où le rapprochement se situe (RSI), en tenant compte de la singularité du sujet qu’on reçoit (Névrose, Psychose, Perversion), et du type de transfert qui est engagé.

 

Salvatore MAUGERI

 

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Retour sur l’atelier du 13/06/08 : La schizophrénie ?

Posté par Atelier Clinique le 17 juin 2008

Retour sur l’atelier du 13/06/08 

À propos de la schizophrénie

Ce vendredi 13, il a été question d’interroger le diagnostic différentiel de schizophrénie à partir d’un récit d’expérience de stage en milieu psychiatrique fermé.

La vignette clinique dressait le portrait d’un patient délirant et potentiellement violent pour lequel certains repérages cliniques ont pu s’avérer précieux.

Il s’agissait en effet de repérer chez ce patient d’importants troubles du langage se manifestant comme autant de barrages à la métaphore puisque certains devaient être pris dans le registre du « pied à la lettre », c’est-à-dire du fait que le patient prenait les mots pour les choses.

Il était également possible de retrouver d’autres phénomènes typiques plus particulièrement décrits par Lacan dans sa « Question préliminaire… », à savoir les suspensions de la chaîne signifiante dont il note que « la phrase s’interrompt au point où se termine le groupe des mots qu’on pourrait appeler termes-index, soit ceux que leur fonction dans le signifiant désigne, (…), comme shifters, soit précisément les termes qui, dans le code, indiquent la position du sujet à partir du message lui-même ».

D’autres phénomènes tels que les associations types « coq à l’âne » basées sur les ressemblances homophoniques des signifiants aussi bien que l’impossibilité de trouver des points d’arrêts fonctionnant comme autant de capitons dans la chaîne signifiante indiquaient le déchaînement du sens pour ce patient.

Le récit de cas a toutefois aussi bien pu mettre en évidence un point de contention de la jouissance pour ce patient situé autour de la dimension de l’écriture.

En effet, le patient décrit comme « grand lecteur », semblait être en proie à une activité de lecture de type quasi maniaque à laquelle était associée un léger apaisement. Aussi bien a-t-il été fait état du fait que la psychologue stagiaire, se présentant avec du matériel de prise de notes, a pu expérimenter au pied de la lettre cette position transférentielle consistant en une position de « secrétaire de l’aliéné ».

Il a donc été rappelé que le transfert dans la psychose n’avait pas la même structure que celui dont fait état le sujet névrosé.

Dans la névrose, l’analyste incarne pour l’analysant la place du « Sujet Supposé Savoir ». L’analysant, interroge le savoir inconscient et suppose à l’analyste un savoir qu’il lui suffirait d’obtenir pour parvenir au traitement de son symptôme.

Dans la psychose, au contraire, malgré certaines interrogations du coté du sujet, celui-ci ne fait pas hypothèse de l’inconscient ; il ne suppose pas de savoir à l’analyste mais tente plutôt de le constituer comme lieu d’adresse, comme dépositaire d’un savoir dont le sujet lui-même serait en excès. De ce point de vue, la position de « secrétaire » permet aussi bien de ne pas incarner cette position de savoir qui pourrait s’avérer persécutrice pour le patient que de constituer un lieu d’adresse qui permette d’aménager à travers des conversations le rapport du sujet à l’Autre.

A travers ces quelques repérages, la question du diagnostic de schizophrénie a donc pu être abordée sous l’angle d’une clinique du détail, celle des troubles du langage.  

Bien que toujours d’actualité, la notion de « psychose ordinaire » doit nous permettre de garder à l’esprit que le repérage des troubles du langage n’est pas suffisant pour rendre compte de la clinique des psychoses.

La question du délire a quant à elle permis de soulever la différence entre la paranoïa et la schizophrénie puisque la première est basée sur la persécution, c’est-à-dire sur une thématique bien systématisée et localisée, tandis que la seconde se perd souvent dans des thématiques aussi diverses que confuses et déchaînées. Il s’agit là d’apporter une précaution supplémentaire en indiquant qu’il n’y pas plus de « paranoïa pure » que de « schizophrénie pure » ; ceci pour indiquer qu’il n’y a que des sujets aux prises avec une jouissance dont ils tentent de se défendre par les moyens à leur disposition. La schizophrénie comporte donc toujours une petite teinte paranoïde et inversement.

Il a également été fait mention du rapport au corps comme point de diagnostic différentiel entre ces deux grands pôles de la psychose.

La formule de Lacan au sujet du schizophrène « hors discours » n’a pas pu être abordée et mériterait d’être reprise dans le cadre plus approfondi de la dimension du délire et du lien social.

Peut-être cela sera-t-il un point de démarrage pour nos ateliers de l’an prochain ?

Bibliographie :

Jacques Lacan : Question préliminaire à tout traitement possible de la psychose. In Ecrits.

Jean-Claude Maleval : La Forclusion du Nom-du-Père.

Pour l’atelier clinique

Stéphane Lagana

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Atelier du 06/06/2008 : Sur le « Sujet »

Posté par Atelier Clinique le 11 juin 2008

 À propos du « sujet lacanien » 

Au cours de cette soirée a été abordée la question du sujet sous différentes facettes.

Il s’agissait pour une étudiante d’interroger une situation clinique à propos de la rencontre avec une jeune fille sujette à des passages à l’acte violents et répétés. Celle-ci étant hospitalisée suite à une récente bagarre aurait fait part de sa terreur de subir les menaces proférées contres elle d’être l’objet d’une « tournante ».

Ici, la question de notre stagiaire était de savoir s’il lui été possible de « re-subjectiver » cette jeune fille pour laquelle rien de son comportement ne semblait véritablement faire l’objet d’interrogation.

Cette idée de « re-subjectivation » a donc donné lieu à de nombreuses tentatives de clarification du concept de sujet chez Lacan.

En effet, après avoir rappelé qu’une de ses définitions  « ce qui est représenté par un signifiant pour un autre signifiant », et après avoir réintroduit la distinction très tôt établie dans son enseignement entre le sujet et le moi (cf. Schéma L), nous avons pu extraire la position du sujet comme n’étant pas à confondre avec la notion plus imaginaire d’individu.

Le discours du maître a été utilisé pour situer la position du sujet en deçà de la barre du S1 comme signifiant maître auprès d’un S2 comme signifiant du savoir interprétant le signifiant 1er.

C’est dans cet espace situé entre les signifiants, c’est-à-dire un espace interstitiel, et dans un temps fugitif puisqu’il s’agit du moment de retour de la signification du S2 sur le S1, que se trouve localisée la place d’un sujet lacanien.

Ici, rien à voir avec une sorte de permanence immanente et immuable dont la vocation aurait d’identifier la notion de sujet à celle de pur individu.

Le sujet (voir le concept de shifter), pour autant qu’il se faufile entre les signifiants et que parfois il en chute à travers les manifestations de l’inconscient, ne saurait jamais être attendu à la même place et ne saurait être prédit voire estimé ou encore moins quantifié.

De ce point de vue, en réponse à la question de la « re-subjectivation » qui avait été posée, nous avons pris l’initiative d’indiquer qu’on ne « re-subjective » pas plus quelqu’un qu’on ne démocratise un pays.

La position subjective implique de facto une forme de responsabilité de la jouissance que le clinicien a parfois la lourde tâche d’accueillir.

Nous ne pouvons pas faire autrement que de faire le pari du sujet à chaque fois mais ne devons jamais nous prendre au leurre de croire être en mesure de « re-subjectiver » quelqu’un.

Sur ce point il a d’ailleurs fallu préciser que l’expression « subjectiver quelqu’un » ne pouvait avoir d’autre fondement qu’une incompréhension radicale du sujet chez Lacan. En effet, on ne subjective pas plus quelqu’un qu’on objective quelque chose.

Cette formule a été utilisée pour indiquer que l’expression « subjectiver » ne pouvait s’appliquer qu’à un point, un évènement, etc…du discours du patient et non pas au patient lui-même.

Une autre question a nécessité de mettre en avant la formule freudienne « Wo es war, soll ich werden » retraduite par Lacan (là où c’était, je dois advenir) et permettant de mettre en correspondance le Es Freudien avec le S du sujet lacanien.

Au cours  de cet atelier, l’accent n’a toutefois à mon sens pas été suffisamment mis sur la dimension de division du sujet et cela mériterait donc que les participants se penchent sur certains textes de référence (voir biblio).

Bibliographie : 

            Cf. Jacques Lacan, Les Ecrits :

-          Le séminaire sur la lettre volée (pour le schéma L) ;

-          Fonction et champ de la parole et du langage ;

-          Subversion du sujet et dialectique du désir ;

-          La chose freudienne (L’ordre de la Chose → pour le commentaire du wo es war, soll ich werden).  

                                                                                                                                   

 

Pour l’Atelier Clinique

Stéphane Lagana

 

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Retour sur l’Atelier du 30/05/08 : Jouissance ; sujet dans la psychose ?

Posté par Atelier Clinique le 3 juin 2008

Face à cette question de la jouissance déjà posée par une étudiante à travers l’évocation du texte d’un professeur traitant d’une « jouissance de l’être« , il a été repéré que chacune des participantes de l’atelier avait une conception tout à fait singulière de la définition possible de la jouissance. Pour certaine, il s’agissait plutôt d’un concept métapsychologique pour dire le rapport du sujet à son être, pour une autre, la jouissance était plutôt équivalente d’un modèle sensitif de son rapport au corps; pour une autre encore, la jouissance était définie comme correspondant strictement à la pulsion de mort. 

Il a donc fallu tirer la conclusion que ce concept était encore difficilement compris et que son usage devait être précisé afin que la confusion avec la pulsion soit un peu atténuée. Pour autant, apporter une définition rigoureuse de la jouissance ne nous a pas été facile et méritera que nous y consacrions encore quelques séances.

C’est en nous appuyant sur le paradoxe de Zénon, que nous avons illustré qu’une distance, bien que finie, est infiniment divisible. Ainsi, lorsqu’une flèche franchit la distance connue d’un point A à un point B, elle réalise d’une certaine manière l’impossible puisqu’elle devrait mathématiquement être condamnée à franchir indéfiniment la moitié de la distance qui la sépare de son but.

Ainsi, une distance finie (1) n’est pas seulement composée de la somme de ses moitiés mais comporte un reste, inchiffrable, (a) dont il s’agit de reconnaître la portée.

 À propos de l’amour, Lacan soulignait que « l’amour, c’est ce qui permet à la jouissance de condescendre au désir ».

 Une autre question a été de savoir s’il est possible de parler de sujet dans la psychose découle de la définition qu’en extrait Lacan : le sujet est ce qui est représenté par un signifiant (S1) auprès d’un autre signifiant (S2).  Hors, nous savons que certains psychotiques illustrent l’impossibilité de se faire représenter par le langage selon le modèle du discours du maître. Peut-on donc en conclure, au même titre que l’inconscient « à ciel ouvert » qu’il n’y a pas de sujet dans la psychose ?
Nous avons bien évidemment répondu par la négative puisque la clinique nous oblige à supposer du sujet même là où cela semble le moins évident.

Par Stéphane Lagana

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Atelier du 30/05/2008 : La jouissance

Posté par Atelier Clinique le 1 juin 2008

  La jouissance sous toutes ses coutures !

Aujourd’hui, vendredi 30 mai 2008, c’est essentiellement sur ce concept de jouissance que nous nous sommes arrêtés.  

La jouissance, quelle définition ?

Ce n’est pas une définition unique que nous avons donnée mais bien plutôt une série d’angles d’approches de cette question notamment par les points de conjonction et de différenciation avec d’autres concepts comme la pulsion, la libido…

L’approche juridique du terme de jouissance avec la notion d’usufruit associe la jouissance à la possession ainsi qu’à l’usage et l’exploitation d’un bien. Mais ces termes nous éclairent-ils lorsqu’il s’agit, vulgairement dit, d’‘‘exploitation de l’être » ?

Premier point de conjonction / disjonction avec le concept de pulsion :

Il a été rappelé l’étymologie du terme de pulsion renvoyant notamment au versant biologique de la pulsation, qui n’est pas sans rappeler la question de la répétition. Nous avons aussitôt précisé que lorsque Freud introduit le concept de pulsion, il souligne qu’il ne s’agit pas là d’une vérité mais bien d’un mythe (cf. aussi les travaux de Freud et Szondi sur la pulsion). C’est une tentative d’inscrire dans le symbolique ce qu’il en est du réel, mais sans que cela ne nomme vraiment ce qui cause le mouvement d’un sujet vers un objet de jouissance. Les points définissant ce qu’est la pulsion sont :

- La source : au niveau des zones érogènes du corps ;

- L’objet : celui qui est visée par la pulsion ;

- La motion : le mouvement vers cet objet (cf. aussi le terme de poussée) ;

- Le but : la satisfaction.

Pulsatile, la pulsion s’inscrit dans un mouvement d’ouverture et de fermeture à partir d’un bord du corps (la zone érogène) jusqu’à l’objet visée, pour faire retour dans le corps.

Eric Brayer souligne que lorsqu’on évoque la pulsion du côté du réel, il faut aussi l’entendre comme mouvement. S’apprêtant à en rendre compte par l’exemple de Pythagore, il a plutôt illustré ce qu’il pouvait en être de la question du mouvement à partir de cette question : Comment une flèche fait-elle pour atteindre son but ? Quand on essaie de symboliser ce réel de la trajectoire, on ne peut l’approcher que par la lettre :

A                     B

* – - – →          *

────────

1

1 = ½ + ¼ + 1/8 + 1/16 + …

1 =       0,99…                   +          a

──────

Père, Phallus

Cette façon originale de figurer ce qui peut s’écrire par le signifiant et ce qui rate (a) rend compte également du fait que, dans le discours du maître, le sujet est à la fois la cause et l’effet de la chaine signifiante. On aurait pu également écrire :

 

1 =       Aliénation       +          Séparation

Lien                 +          Rapport

La tentative d’un sujet d’écrire le rapport – le rapport sexuel qui de structure ne peut pas s’écrire – pourrait s’entrevoir comme la tentative d’écrire le Un de la jouissance infinie. Cette quête de la jouissance illimitée existe aussi dans la névrose : c’est ce qu’on constate de nos jours chez les in-dividus qui visent à boucher leur division subjective par les objets de consommation.

Eric Brayer poursuit en rappelant que dans le Séminaire XX, c’est la rature, le trait unaire, la lettre qui permet à un espace infini (espace qui représenterait l’Autre primordial pour un nourrisson) de passer de l’infini à l’Un-fini. C’est la marque du sujet qui entraîne la disparition de l’infini.

On peut voir comment dans la psychose – où la cession de jouissance et l’extraction de l’objet a ne se sont pas réalisées – l’Autre n’est pas castré et peut incarner la figure du sans limite.

            Sujet                                   Autre

↓                                      

                   ∟    ___           ___    ┘    Extraction de l’objet a

 

Ce passage à l’Un-fini peut éclairer l’importance pour le névrosé du signifiant phallique certes mais aussi de l’image spéculaire. Il y a aussi l’amour, en tant qu’il permet de faire tenir ensemble le désir et la jouissance.

Nous avons précisé aux étudiants qui se demandaient ‘‘À partir de quand peut-on parler de sujet ? », qu’il n’était pas nécessaire de dater la question du sujet étant donné que nous travaillons avec cette hypothèse du sujet quelle que soit la clinique, même auprès de ceux que certains considèrent trop souvent comme objets de soins : la déficience mentale, l’autisme, etc. Lorsqu’un autiste mord ou se bouche les oreilles, nous devons faire l’hypothèse d’une manifestation subjective.

C’est pour cela que la question du choix chez un individu ne relève pas seulement de l’inconscient. La formule de « l’insondable décision de l’être » est là pour nous le rappeler. Il y a des choix qui relèvent du réel et qui échappent au symbolique même si le sujet s’efforce ensuite de les subjectiver.

Réintroduire le sujet, c’est introduire une causalité psychique ainsi que la question de la responsabilité. Il n’y a qu’à se pencher sur la pratique de Dolto et de voir comment elle ramenait ses hypothèses à une causalité psychique chez l’infans.

Un exemple clinique a été donné par Eric Brayer pour illustrer comment ce qu’on range sous le terme de résistance témoigne du rapport du sujet à la jouissance. Il s’agit d’un homme qui se décrit comme un « pauvre type » qui a notamment raté à répondre en tant que père auprès de sa fille. Celle-ci s’est toujours débrouillée pour éviter d’en passer par lui jusqu’à ce moment où, n’ayant pas d’autres solutions, elle lui demande de garder sa petite fille. Heureux, il accepte et se prépare à ce rendez-vous, mais voilà que quelques instants avant leur venue, il glisse et se fracture le tibia. Ce qui a été souligné c’est la façon dont ce sujet subjective cet accident, ce qui lui est arrivé de l’extérieur, pour en faire un acte manqué ou encore une répétition du côté de son symptôme à ne pas pouvoir donner de lui comme père. Ce qui s’est passé ensuite avec l’arrivée des secours a permis aussi d’illustrer comment chacun pouvait réagir singulièrement lorsqu’il se confronte au réel (en l’occurrence là le pied entièrement retourné de cet homme) : rire pour se défendre du réel, tenter de le voir, de l’éviter…, mettre en acte une jouissance sadique, objectiver le sujet, être aux prises avec la jouissance qui s’actualise dans la culpabilité, etc.

De même il a été précisé que le même acte – celui de parler par exemple – peut entraîner différentes sortes de jouissances selon les sujets qui s’y adonnent et selon ce qui est visé par eux à travers cet acte : dire, jouir du blabla, jouir du sens, viser une valorisation narcissique, etc.

Où est donc localisée la jouissance ?

La jouissance ne se réduit pas à la pulsion, même si on pourrait dire qu’on la trouve chez Freud comme un mixte de pulsion (de mort) et de masochisme. Elle s’inscrit au-delà du principe de plaisir : « C’est ce qui va de la chatouille à la brûlure ». Dans sa Conférence de 1973 à Milan, La psychanalyse dans sa référence au rapport sexuel, Lacan inclut la douleur au rang des objets permettant aux sujets de jouer et jouir de son corps.

La jouissance apparaît aussi comme ce qui échappe au savoir comme à propos de l’homme aux rats : « une jouissance à lui-même ignorée ».

En passer par la pulsion, nous a permis de cerner que la jouissance se localise déjà dans le corps du sujet, l’objet n’étant qu’un prétexte pour permettre au sujet de se jouir, comme une bouche qui s’embrasserait elle-même, d’où l’idée que la jouissance est autiste.

À la différence des objets du monde, l’objet n’est pas spécularisable. Pour mieux saisir ce qu’est l’objet a, essayez donc de voir votre voix dans le miroir !

Un petit exemple clinique tiré d’une pratique du Groupe Contes avec les enfants a permis de préciser la façon d’appréhender l’objet voix, via les deux versions du réel, comme tuché et comme automaton. Au moment de la lecture, lorsque la voix se fait automaton, il arrive qu’elle perde de sa teneur réelle, au profit des signifiants que la parole véhicule. On voit souvent à ce moment-là certains enfants être attentifs au contenu de l’histoire ou encore d’autres décrocher leur regard et saisir certains objets autour d’eux. C’est donc lorsque la voix se fait tuché (changement d’intonation, …) qu’elle surgit comme réel et permet au sujet d’être présent dans son écoute. C’est lorsque la voix de l’Autre est advenue comme réelle qu’elle permet chez le sujet l’intrication des pulsions invocante et scopique dans la dialectique avec l’Autre.

La jouissance phallique est hors-corps et Lacan la distingue clairement dans son Séminaire XXIII de la jouissance pénienne qui elle est narcissique et corporelle.

Soulignons que lorsqu’un sujet intègre le signifiant phallique, tous les objets partiels vont être repris dans la problématique phallique et passer donc par le prisme du phallus. Un exemple clinique a été donné à propos d’une femme qui avait comme symptôme au niveau du langage de mettre des « dont » à la place des « que ». L’analyse d’un rêve mettant en scène son chien qui avait perdu sa queue lui permis de cerner la valeur phallique (« la queue ») du don pour elle.

Et dans la psychose ?

Nous avons évoqué comment la jouissance pouvait être spécifiquement localisée dans le corps chez le schizophrène, localisée ou identifiée au lieu de l’Autre chez le paranoïaque, ou encore s’actualiser sous la forme de la certitude d’être le déchet chez le mélancolique.

Nous avons éclairé la confusion souvent faite entre la jouissance de l’Autre et l’Autre jouissance qui concerne cette part de la jouissance féminine qui n’en passe pas par le phallus.

Nous avons enfin précisé que la difficulté à donner une définition unique de la jouissance est liée aussi au fait que dans l’œuvre de Lacan, tous ses concepts évoluent et ne renvoient pas à la même chose selon les moments où on les prend.

Dans le tout premier enseignement de Lacan, la jouissance – terme qui reprend aussi la notion de libido freudienne – est imaginaire (l’axe a-a’) et échappe au processus de symbolisation.

Un peu plus tard dans le Séminaire de Lacan, où il établit la primauté du symbolique (cf. l’écriture symbolique de la pulsion : $ ◊ D), la jouissance pourrait équivaloir au signifié qui court sous la chaîne signifiante, à la signification refoulé qui conditionne le symptôme.

C’est lorsque Lacan introduit cette ouverture vers le réel (cf. dans le Séminaire XI, la pulsion est un des quatre concepts fondamentaux) que la jouissance prend une autre tournure. Tantôt définie comme impossible, elle devient un reste de l’opération signifiante dans le discours (le plus-de-jouir).

La clinique borroméenne élargie le concept de jouissance d’abord comme pluralité (il y a autant de jouissances que d’intersections entre les différents registres RSI : jouissance phallique, joui-sens, jouissance de l’Autre barrée, l’objet a) et comme singularité (chaque jouissance est particulière et correspond à un mode de nouage singulier).

Pour l’Atelier clinique

 Par Eric Brayer

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Atelier du 23/05/2008: Stabilisation dans la psychose

Posté par Atelier Clinique le 24 mai 2008

Aujourd’hui, vendredi 23 mai 2008

Plusieurs points cruciaux ont été abordés, lesquels méritent un éclairage plus développé.

Une vignette clinique illustrait le cas d’une petite fille, rencontrée en PMI avec sa mère, qui refusait de parler la langue maternelle, originaire d’Ethiopie. Cette mère avait clairement formulé à son partenaire de l’époque qu’elle souhaitait un enfant pour combler sa « solitude ». C’est donc dans cette optique de venir combler le manque de sa mère, que cet enfant a été conçu.

Nous avons du coup entendu le refus de la petite fille de parler la langue maternelle comme une possible protestation ou manifestation du sujet de se faire l’objet de la mère.

La mère ne fait d’ailleurs aucune place dans son discours à la fonction paternelle, à un tiers autre que son enfant qui pourrait causer son désir.

Nous avons rappelé le fait qu’un enfant pouvait être investi ou attendu par l’Autre parental comme soit comme objet a, soit comme phallus.

La réponse de l’enfant à cet accueil de l’Autre, peut s’effectuer selon différentes modalités qui correspondent aux diverses structures : névrose, psychose, perversion.

Nous mettons dans notre rubrique Texte, les Deux notes à Jenny Aubry de Jacques Lacan (disponible sur ce lien : http://www.ecole-lacanienne.net/documents/1969-10-00.doc). Cette note, fondamentale pour la clinique de l’enfant, souligne comment le symptôme de l’enfant peut – soit représenter la vérité du couple parental (c’est le cas de la névrose) – soit il révèle la vérité de l’objet du fantasme maternel en le ‘‘réellisant » (c’est le cas de la psychose).

Nous mettons à votre disposition un autre lien vers un texte d’Alfredo Zenoni, Quand l’enfant réalise l’objet (disponible sur ce lien : http://users.skynet.be/bk332158/lesite/Fichiers/Alfredo%20Zenoni%20-%20Quand%20l%27enfant%20r%E9alise%20l%27objet.doc).

Nous avons fait un petit rappel de la formule lacanienne de la métaphore paternelle :

 

Nom du Père (NP)                              DM                                   A

──────────────         ●         ───    →        NP       (─────)

Désir de la mère (DM)                         x                                Phallus

 

Cette formule nous a permis de distinguer  le phallus imaginaire (-φ) représentant le manque de la castration, du signifiant phallique (Φ) comme signification ou vecteur symbolique du désir de la mère (fonction paternelle) qui  ne laisse pas l’enfant aux prises avec l’x capricieux entrainant ravage, pétrification…

Nous avons dit quelques mots sur la question de la suppléance et de la stabilisation dans la psychose. Nous avons évoqué comment parler de sujet dans la psychose fait débat dans le champ psychanalytique, si l’on s’en tient à la définition lacanienne du sujet comme étant ce que représente un signifiant (S1) pour un autre signifiant (S2) – cf. Le discours du maître.

Avec sa jolie formule de l’« insondable décision de l’être », Lacan soulevait la part imprévisible et contingente du choix de l’être de dire oui (Bejahung) ou non (Verwerfung) à l’Autre du langage et de céder ainsi sur sa jouissance.

                          A

↑          ───    →  a

J  (barrée)

 

Même si la pente pour le psychotique est souvent celle de s’inscrire dans le transfert sous l’angle de la certitude de l’objet qu’il est pour l’Autre (aimé/persécuté), nous avons souligné la nécessité pour le clinicien de faire l’hypothèse d’un sujet. La question de la supposition de savoir dans la psychose a été posé. Dans la névrose, le sujet-supposé-savoir est le véritable moteur de la cure en tant que le savoir inconscient est celui qui dans le transfert est supposé à l’Autre. Dans la psychose, même si l’on a tendance à soutenir que le savoir est du côté du sujet et qu’il est nécessaire pour le clinicien de se barrer, de se faire enseigner…, il peut parfois arriver que le sujet aille chercher un savoir chez l’Autre : il s’agit d’un savoir sur la jouissance étrange, énigmatique ou plutôt un savoir-y-faire avec la jouissance envahissante.

Une question a été posée sur le statut du signe dans la psychose, comme étant ce qui représente quelque chose pour quelqu’un – à défaut de pouvoir représenter le sujet par un signifiant pour un autre signifiant. L’opération symbolique dans la névrose entraîne l’effacement du signe de la Chose : en termes freudien, « le mot, c’est le meurtre de la chose ». En d’autres termes c’est ce qui rend possible la représentation de l’objet même en son absence. Dans la psychose, le rapport au symbolique maintient à ciel ouvert la trace du signe de la Chose, c’est-à-dire une dimension de réel, avec cette possibilité que « le mot, c’est la chose ».  Pour sortir de l’énigme, il peut arriver que le psychotique porte une attention particulière aux signes qu’il prélève dans le monde et qu’il interprète comme autant de messages qui le concernent, lui étant adressés par l’Autre.

Dans la psychose, une voie de stabilisation serait que le sujet s’assure de l’objet qu’il est pour l’autre, position faisant particulièrement tenir l’axe imaginaire. L’identification à un signifiant imaginarisé, s’identifier à un autre sur le mode ‘‘as if » qui sert de boussole au sujet… sont autant de modalités de stabilisation. La clinique révèle en effet comment certaines décompensations psychotiques surviennent après la mise à mal, fragilisation ou disparition de repères fondamentaux pour l’organisation du monde du sujet (séparation, divorce, chômage…).

 Une étudiante questionne la différence entre la « jouissance de l’être » et la jouissance phallique ? La première renverrait à la jouissance de la Chose, jouissance mythique, pré-langagière, et la seconde, jouissance hors-corps, est liée à l’effet de l’entrée du sujet dans le langage et à la castration qui en découle.

Lors de notre prochaine séance du 30 mai, nous nous proposons d’aborder la question de la psychose maniaco-dépressive, à l’aide de cas cliniques, notamment pour en dégager la spécificité en tant que position dans la structure psychotique, en la distinguant de la dépression comme trait symptomatique trans-structural.

À la semaine prochaine pour une prochaine séance d’Atelier Clinique.

Pour l’Atelier Clinique

Par Salvatore Maugeri

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Atelier du 16/05/2008 : À propos du père

Posté par Atelier Clinique le 22 mai 2008

Aujourd’hui, vendredi 16 mai 2008 :

Nous avons dits quelques mots sur la clinique contemporaine. Tout d’abord, parmi les discours en vogue dans notre société, le discours capitaliste entraîne l’illusion chez les sujets de pouvoir combler leur manque-à-être par les objets proposés sur le marché. Ce discours, qui tourne en boucle sur lui-même comme une bande de mœbius, empêche la rencontre du sujet avec ses signifiants maîtres.

Cette réflexion a permis d’aborder les deux faces du Surmoi telles que Freud les a mises en avant : comme instance de censure, de jugement donnant lieu à la culpabilité, l’(auto)critique, l’(auto)reproche… mais aussi comme impératif de jouissance.

À la question de « Qu’est-ce qu’un symptôme? » nous avons rappelé comment Freud avait distingué dans ses conférences 17 et 23 (Introduction à la Psychanalyse) les deux aspects du symptôme : comme formation de l’inconscient, sa dimension de langage (métaphorique) et comme dimension de jouissance en tant que le symptôme réalise une satisfaction. C’est l’aspect du symptôme qui échappe à la prise par le symbolique, cette part du réel qui court sous la chaine signifiante de façon métonymique et qui conditionne la répétition.

En termes de nouage borroméen, nous avons pu dire comment les médias notamment, mais aussi certaines tendances ou pratiques sociales, pouvaient favoriser un nouage particulier de l’imaginaire et du réel, d’où l’inhibition comme modalité de nouage récurrent, préférentiel chez certains sujets aujourd’hui. C’est une des difficultés de la clinique contemporaine : Comment amener un sujet à reprendre goût à la parole, à cerner les signifiants qui le déterminent… lorsque prévaut l’inhibition comme nomination de l’imaginaire qui tient à distance le symbolique et le réel ?

Sans nous étendre su la pluralisation des Noms-du-Père, nous avons signalé comment Lacan, à propos de Joyce, avait tantôt parlé de nouage par le symbolique, de sinthome par l’ego correcteur mais aussi de nouage par la jouissance.

Nous avons souligné la confusion souvent réalisée entre le père réel et le père de la réalité. Il ne s’agit pas du père de la horde qui s’octroie la jouissance de toutes les femmes, celui dont la mort l’érige comme père symbolique. Ce dernier, dans certaines sociétés, n’est pas forcément incarné, c’est un symbole, un totem.

Le père réel, ce n’est pas le père du Nom, celui qui nomme. Ce n’est pas le père de l’interdit ou de la répression. Nous avons bien évoqué la contigüité, l’affinité faite par Lacan entre le père comme fonction et la fonction même du langage en tant que castration symbolique.

La distinction avec ce qu’est la rencontre avec Un-Père dans la psychose a bien été faite.
Mais le père réel ? C’est celui qui, dans son mode de présence, dans sa père-version, a su faire d’une femme la cause de son désir. C’est aussi celui qui, orienté par un désir non anonyme et dans un intérêt particularisé pour son enfant, a su dire non à la jouissance et dire oui au désir. Nous reprendrons de façons plus détaillée ce point-là.

 

Nous vous proposons dans la page Textes, un article d’Alfredo Zenoni, D’un père à l’autre, paru dans la revue Quarto n°87, sur la pluralisation des Nom-du-Père, qui évoque également la question du père réel (en voici le lien : http://www.causefreudienne.net/publications/quarto/le-secret-des-noms-du-pere/d-un-pere-a-lautre/).

 

Stephane Lagana nous a lu un extrait d’une lettre que lui a adressé un patient, qu’il reçoit régulièrement au Centre Pénitentiaire. Dans les éléments cliniques qui nous ont été rapportés, s’est dégagée l’hypothèse d’une pente mélancolique de ce sujet, dans sa tentative de construire un Autre témoin du déchet qu’il est. Ce sujet, qui fait l’expérience lucide du malentendu et du semblant dans le lien à l’autre, remet en cause la nécessité même de parler et de ce à quoi sert le langage. À coller les signifiants ensemble, le risque pour lui est de produire un sens, qui entraine l’incompréhension de l’autre. Il est aux prises avec l’Autre de la langue, qui dans ses pensées, ne peut être capitonnée, lestée par l’objet. Reste pour lui, au décours des entretiens cliniques, à trouver un mode de parler qui pacifie la jouissance.

 

Pour l’Atelier Clinique

Par Salvatore Maugeri

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